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Novembre 2006
mercredi
Une lettre belge
envoyé à Monsieur Frédéric Beigbeder via MySpace ce 16 septembre 2009
Monsieur Beigbeder,
Hier soir, nous étions réunis avec trois amis autour d’une pinte de cidre, de deux Irish Mists, d’un Four Roses Coca et d’un verre de vin rouge (sans doute argentin, je ne contrôle pas les goûts de mon épouse). Inévitablement, l’un d'eux est venu à parler, avec un enthousiasme qui lui est peu commun, de votre nouveau roman.
Comme beaucoup d’autres sans doute, il a projeté une brique dans la vitrine de son libraire favori pour l’obtenir au plus vite. Mon ami n’est pas un voleur – je ne fréquente pas ce genre de gens –, il a bien sûr déposé proprement les 18€ sur le présentoir constellé de bris de verre avant de fuir pour le dévorer en une soirée. Là, je me demande comment un écrivain perçoit ce genre de gloutonnerie. Est-ce une sorte de compliment quant à la qualité passionnante du livre ou plutôt une insulte aux heures de travail et de détention que ce récit a couté ?
Toujours est-il que mon ami a été très touché par la sincérité de cette biographie. Que vous, en particulier, ayez cessé de porter le masque de vos personnages et de l’auto-fiction pour vous livrer ainsi à votre public, c’est un sacré putain de don de soi.
Ça m’a fait penser, devant la deuxième commande (dans laquelle une pinte de cidre a remplacé un Irish Mist), au changement de ton chez Bret Easton Ellis quand il a écrit Lunar Park. Quelque chose de plus vrai, de plus introspectif, de plus authentique. Même si Ellis, lui, n’a pas eut votre courage de tomber les masques.
Du coup – vous vous rendrez compte bientôt que toute cette introduction n’est qu’une digression visant à noyer un poisson – nous avons abordé le sujet de vos détracteurs qui vous dévaluent à imaginer et même à caqueter publiquement que vous imiter le style du Brat Pack. Tatata, Monsieur Beigbeder, tatata ! Si l’on s’en tenait à la surface poudreuse et à l’air de fête, on pourrait évidemment faire des ponts entre leur écriture et la vôtre, mais un océan de culture vous sépare. Je ne crois pas, mais ce n’est que mon avis de béotien, que les styles, les contenus ou les références soient comparables d’une culture littéraire à l’autre ou alors il faudrait inventer une anthropologie littéraire comparative.
Bon, trêve de blabla, j’en viens à la raison de cette lettre. En fin de conversation, un autre de mes amis a soulevé l’idée que vous nous adoptiez. Aucun de nous n’a trouvé de bonne raison à ce que vous fassiez cela, ni même à ce que nous vous le demandions, mais l’idée a claqué dans le pub comme une évidence. Ça tombait sous le sens : vous devez nous adopter.
J’imagine bien, monsieur Beigbeder, que ce genre de demande exige un temps de réflexion. Nous sommes patients. Les démarches administratives et les combats juridiques seront très certainement épuisants. Nous sommes endurants. Nos parents s’y opposeront, nos amis nous retiendront et peut-être que votre propre famille aura quelque chose à y redire. Nous sommes prêts.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur Beigbeder, l'expression d'une piété filiale sans modération.
Palestra.
P.S.: mon ami m'apporte Un Roman Français ce soir, je m'en réjouis. Etant donné mon rythme de lecture et le poids du retard qui fait ployer mes étagères, je ne promets pas d'avoir terminé avant deux mois.
dimanche
Vienne deux
samedi
How to disappear completely
vendredi
Vienne
En connexion directe avec mon inconscient bourré de préjugés – votre cerveau l’est tout autant, faites pas les malins –, si je pense Vienne, je pense Sissi, Freud et Hitler. Super. Si j’étais resté dans ma chambre d’hôtel, à mater les chaînes soit-disant porno – elles diffusent uniquement des pubs pour des lignes roses et parmi la centaine d’éro-canaux proposés, oui je les ai tous passés en revue, il n’y en a que deux qui ont des images animées (le reste étant une succession ennuyeuse des photos) et l’une des deux n’était peuplée que des vieilles flasques – n’aller pas bander à imaginer des superbes milfs, hein, non, c’étaient des Autrichiennes avec des tresses blondes, de la cellulite et un ventre qui avait dû connaître trois grossesses.
Bref, si j’étais resté dans ma chambre d’hôtel, j’aurais imaginé une ville de honte et de culpabilité enfouies sous des palais baroques et des cabinets de psycho bling-bling. Comme j’étais là pour participer à une conférence et que les chaînes pornos n’en étaient pas vraiment, il m’a bien fallu sortir. Je vous passe les détails de la conférence ?
Pour ce qui est de la honte et de la culpabilité, je crois bien que certains Allemands sont guéris – peut-être grâce aux cabinets de psycho, d’ailleurs. Oui, je sais, je fais un amalgame douteux en assimilant Autrichiens et Allemands. Les premiers diront sans doute qu’ils n’avaient jamais voulu l’Anschluss, tout ça et que c’est pas leur faute, mais désolé, ça sert mon propos. D’ailleurs, tant mieux pour eux si le passé n’a pas l’air de les complexer. Je ne vois pas pourquoi ils devraient porter les croix de leurs aïeux. Même s’il faut pas oublier et tout le blabla de la mémoire, évidemment. Un médecin allemand, donc, pour engager la conversation, m’annonce qu’il est en train de lire un bouquin – notez la délicate entrée en matière – sur les génocides. Lecture transcendante, à n’en pas douter. Il me relate que les trois principaux génocides de la deuxième moitié du vingtième siècle ont eu lieu dans d'anciennes colonies belges, avec le sous-entendu grossier de notre responsabilité dans ces événements. Bon, on comprendra aisément que je n’aie pas souhaité entrer dans le débat. J’aurais pu parler de la guerre en ex-Yougoslavie, qui n’a jamais été, à ma connaissance, une colonie belge. J’aurais pu aussi, pour le plaisir de la disputatio, parler de certains millions de juifs exterminés, même si ce n’était pas dans la deuxième moitié du vingtième siècle (peu s’en est fallu). Étant de nature complaisante, j’ai simplement dévié la conversation sur des généralités stupides concernant les conflits ethniques.
Plus que m’en apprendre sur les Allemands – je ne suis pas dû genre à faire des généralisations abusives – cette petite conversation m’en apprends sur moi-même et sur mes préjugés. C’était justement un des thèmes de la conférence, qui portait sur les contacts inter-culturels dans la société globalisée. Un de mes préjugés est donc que les Allemands répugnent à parler de guerre ou d’atrocités. Ok, je vire donc ça de ma liste mentale d’associations foireuses. Quoi d’autre ?
Les Autrichiens ont plutôt confirmé les leurs. Je vois l’Autriche comme un pays très attaché à son folklore. D’ailleurs, en écrivant ces lignes, assis à la terrasse d’un bar à cocktail, je fais face à un mec, un peu plus de la vingtaine – accompagné d’une blonde à saigner des yeux – qui porte sans en avoir l’air des chaussettes jusqu’au genou – dois-je dire des bas ?– en laine verte et d’un bermuda en cuir qui résonne encore des claquements du Schuplattler.
Puisqu’il n’y apparemment ni honte ni culpabilité dans les sous-sols de Vienne, qu’y trouve-t-on ? Des clubs qui sentent bon les alpages. Je ne sais pas trop comment je me suis laissé embarqué par cette bande de Brittaniques, mais il est clair que l’endroit était pour le moins pittoresque. À notre arrivée, la piste était occupée par deux couples en chemise blanche et bretelles rouges dansant sur une chanson germanique peut-être contemporaine. Le décor était plaqué de bois naturel sur lequel on avait accroché des roues de charettes. Un poster géant illustrait des vaches paissant paisiblement sur une montagne verte. Quand j'y suis arrivé, j'ai cru à une blague, mais nous avons finalement passé toute la soirée dans ce trou tyrolien.
Les Britanniques se sont également comportés comme je m'y attendais. Quand ils m’ont invité à me joindre à eux, je me suis dit Ouch !
Ils m'ont proposé de les accompagner à nouveau ce soir, mais mon avion décolle à 9h30 demain. Je dois me lever à 5h30... C'est dangereux, mais que peut-il arriver quand on manque son vol ?
Vienne
Septembre 2009